Allocution du 11 novembre 2019

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Il y a exactement 101 ans, s’achèvent les combats sur le front occidental du premier conflit mondial ; quatre ans de guerre et de combats d’une extrême violence s’achèvent qui ont laissé une France saignée à blanc avec 1 millions 500 milles victimes sur 8 millions de morts et de blessés de cette guerre.

Depuis le 11 novembre 1919, c’était donc il y a un siècle aujourd’hui !, fut mise en œuvre l’idée d’André Maginot, ministre de la guerre, d’allumer une « flamme du souvenir » qu’un « Comité de la Flamme » a depuis la tâche de raviver tous les jours au crépuscule, sous l’Arc de triomphe et qui ne s’est ne s’est jamais éteinte depuis, même pendant l’Occupation nazie de 1940 à 1944.

Notre 11 novembre devient « fête nationale » en 1922 ; et depuis 2012, ce Jour du Souvenir, qui célèbre l’anniversaire de 1918, rend aussi hommage à tous les morts pour la France ; commémorant ainsi tous les soldats français tombés en opération sans distinction de guerre ; c’est également à ces soldats que nous rendons hommage en ce jour.

Pour la petite histoire, notre histoire locale, c’est le dimanche 9 novembre 1924 que l’on inaugure le « Monument aux enfants d’Avranches morts pour la patrie », sous la présidence du général Nollet, ministre de la guerre, mais sous la présence effective du général Passaga, son représentant. Le matin, une messe de Requiem est donnée à la basilique Saint-Gervais avec des pièces de Haendel, Mozart, Lassus…

L’après-midi, on procède à l’inauguration proprement dite du monument avec l’appel des noms des « enfants d’Avranches morts pour la patrie ». On imagine aisément qu’elle fut l’émotion des participants qui ainsi rendaient enfin un hommage public, au cœur de la ville, à leurs proches disparus sur les champs de bataille.

Depuis, notre 11 novembre est toujours bien vivant à Avranches, comme en France et nous devons nous en réjouir ; il nous appartient, année après année de faire vivre ces commémorations avec le respect de la mémoire de nos défunts et de ces soldats revenus vivants de l’enfer des champs de bataille et marqués à jamais de ce qu’ils vécurent.

Cette année 2019 est aussi l’an I de la commune nouvelle d’Avranches-Saint-Martin et nous aurons à cœur de continuer à honorer comme nous l’avons fait ce matin, nos deux monuments, selon nos traditions respectives.

Il s’agit bien de rappeler le message de ces anciens de 14-18 qui, souvent au-delà de leurs souffrances et de leurs sacrifices individuels, n’avaient qu’une ambition, qu’une obsession : transmettre pour que leurs souffrances ne se reproduisent pas, pour que « leur » guerre soit la dernière ; et je reprends ici les propos de Charles Kuentz, dernier vétéran français de l’Armée Impériale de Guillaume II, qui déclarait encore peu avant sa disparition en 2005 : « Aux générations futures, je dirais : soyez les messagers de la paix… Soyez les passeurs de la mémoire de la Grande Guerre, car cette tragédie ne devra jamais être oubliée. Sinon elle risque de recommencer ».

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Une commémoration qui en suit une autre…

Cette année nous célébrons notre 11 novembre avec une dimension particulière du fait des commémorations du 30ème anniversaire du mur de Berlin ; commémorations qui prennent placent dans un contexte européen délicat.

Le 30ème anniversaire de la chute du mur de Berlin est en effet dans tous les esprits depuis plusieurs jours, voire plusieurs semaines, et la nécessité de commémorer cet événement, de le questionner aussi, est d’autant plus grand que nous sentons bien que cette Union européenne issue de ceux conflits mondiaux est aujourd’hui sérieusement menacée. Et cet événement européen majeur qui a ouvert la voie de la réconciliation et de la fin de la guerre froide, constitue une étape importante de la construction de la paix à l’échelle de notre « vieux continent ».

Si l’historien prend la peine de synthétiser les relations européennes, l’histoire des guerres européennes et des tensions entre les États depuis la Révolution française, il nous fait prendre conscience le la brutalité des conflits qui ébranlèrent nos sociétés occidentales : guerres Napoléoniennes, de 1803 à 1815, dont on peine à imaginer l’ampleur des pertes humaines ; guerre franco-allemande de 1870-1071, avec la perte des territoires Alsacien et Lorrain ; premier et second conflits mondiaux : histoires de conquêtes vaines de soldats sacrifiés par centaines de milliers ; histoire de populations civiles déplacées, de villages et de villes rasées ; d’exactions…

Et j’aime reprendre cette citation d’un poilu, Ferdinand Gilson qui disait : « Avec les Allemands, nous nous sommes tellement battus que nos sang ne font plus qu’un » .

Quoi qu’il en soit, voilà notre patrimoine européen. Lourd patrimoine, lourd héritage de nos ainés, dont le dernier avatar fut la partition de l’Europe en deux parties, deux blocs…

Avec, au centre, l’Allemagne découpée par les vainqueurs et aujourd’hui réunie pour continuer à forger l’unité européenne ; unité qui, malgré le choix britannique de quitter l’Union doit rester garante de stabilité pour ses citoyens, mais aussi à l’échelle du monde où, nous le voyons bien, quotidiennement, la tectonique géopolitique ne cesse de bouleverser les équilibres établis à la fin du XXe siècle.

Car, en Europe, si l’élargissement a été un succès géopolitique pour les pays de l’Union, il n’en reste pas moins que les relations entre l’Est et l’Ouest génèrent frustrations, rivalités et malentendus. Pourtant, même si l’Europe est aujourd’hui en crise sur plusieurs sujets, il ne faut pas oublier que la chute du mur de Berlin a permis d’entériner la fin du communisme en tant que régime totalitaire.

Et nous sommes nombreux à garder en mémoire ce symbole merveilleux donné par le violoncelliste Rostropovitch qui donnait devant un public médusé un concert improvisé des Suites de Bach, assis sur une simple chaise devant un pan de mur bariolé…

C’était il y a exactement 30 ans, le matin du 11 novembre 1989.

Magnifique symbole en effet, plein d’espoir, d’un espoir qu’il nous appartient de continuer à faire vivre !

Vive la République et vive la France ! Mais aussi, plus que jamais, vive l’Europe !

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