8 mai 2019 : d’un combat à l’autre, l’avenir de l’humanité en jeu…

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Le second conflit mondial, dont nous commémorons l’épilogue en ce jour, a fait basculer l’humanité dans une guerre dont la cruauté n’avait été jusqu’à lors jamais atteinte et qui, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, fit plus de victimes civiles que militaires.

Insoutenable violence, rendue possible par la production industrielle d’armes toujours plus efficaces ayant produit des combats militaires d’une brutalité inouïe auxquelles se sont ajoutées les persécutions massives de populations civiles.

Ce jour est aussi le temps du souvenir de ces victimes du chaos dans lequel notre monde a sombré : victimes civiles, hommes, femmes et enfants, massacrés en raison de leurs origines confessionnelles, ethniques ou culturelles, du fait qu’ils soient opposants politiques à des régimes totalitaires. Victimes civiles, pourchassées, déportées et exterminées.

Mais aussi victimes civiles des combats meurtriers de la Libération de Normandie et d’ailleurs en Europe, qui périrent dans les innombrables bombardements et dont il nous est impossible d’oublier la disparition, ici, à Avranches, dans les bombardements qui frappèrent notre ville le 7 juin 1944.

La seconde guerre mondiale reste dans nos mémoires ces six années particulièrement sombres, de 1939 à 1945, qui occasionnèrent la mort de plus de 50 millions de personnes.

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crédit photographique : Nicolas Thomas, La Manche Libre

Il y a 74 ans, les hommes et les femmes de bonne volonté se sont immédiatement mis au travail pour reconstruire la France, au sein d’une Europe anéantie et bientôt divisée pour laquelle plus de quarante années ont été nécessaires afin d’asseoir la stabilité politique et économique garantes de la paix. Ainsi, le 8 mai 1945, si la liesse populaire envahissait les rues des villes et villages de France le chemin était encore long avant la fin de la reconstruction de ce monde nouveau qui est le nôtre aujourd’hui.

Et, puisque nous sommes réunis dans notre Hôtel de Ville, c’est l’occasion pour moi de vous livrer quelques réflexions qui viennent étayer le message ordinaire de nos commémorations. Car, si cette cérémonie qui est avant tout un temps de recueillement républicain au cours duquel nous devons penser à tous ces hommes et toutes ces femmes qui, à leur échelle, ont fait preuve de courage et ont défendu au prix de leur vie nos valeurs démocratiques et humanistes, elle doit également nous permettre de penser l’avenir.

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crédit photographique : Nicolas Thomas, La Manche Libre

74 ans après la fin du conflit notre cérémonie du 8 mai doit désormais regarder vers l’avenir. Pour beaucoup de nos concitoyens nos commémorations ne sont que le maintien du « souvenir du passé », une tradition républicaine qui est aussi outil de transmission de notre histoire à l’attention des plus jeunes qui bientôt auront à construire, à leur tour, le futur de l’humanité.

Pourtant force est de constater que nos cérémonies ne sont qu’une bien modeste contribution à la cause mémorielle du fait qu’elles ne touchent plus la jeunesse ; nous devons impérativement leur donner un écho plus ample auprès des familles, au sein de nos écoles, et dans une perspective européenne, si nous souhaitons réellement favoriser le maintien de notre union européenne qui demeure la meilleure garantie de notre sécurité dans un monde particulièrement instable.

Une Europe confraternelle au sein de laquelle les ennemis d’hier sont depuis plus de 60 ans les partenaires indissociables dans la construction de paix. Une Europe qui porte un message de paix et nous invite, comme ce matin, à nous souvenir, nous recueillir, pour transmettre afin de rester attentifs aux grands bouleversements de notre époque.

En cela, la perspective des élections européennes doit nous interroger sur la nécessité d’encourager les initiatives qui sont de nature à favoriser une Europe de la citoyenneté, fondée sur les liens institutionnels, associatifs et individuels que nous tisons au fil du temps.

Il est de notre devoir de travailler à la construction de cette Europe humaniste et culturelle qui doit permettre à chaque citoyen de faire valoir son identité dans la respect de celle de son voisin, dans une perspective de valorisation de l’altérité et de la complémentarité qui font la richesse et la diversité de ce concert des cultures européennes.

Ici à Avranches, et dans notre espace communautaire, nous nous évertuons à renforcer cette coopération européenne, bien souvent fondée sur des liens culturels, historiques et patrimoniaux. Ainsi nous œuvrons avec conviction au renforcement de nos relations amicales avec l’Allemagne, la Grande Bretagne et depuis peu avec l’Italie.

Samedi et dimanche dernier, nous étions encore en Italie du sud, dans les Pouilles, pour co-signer un pacte d’amitié entre la ville de Monte Sant’Angelo, la commune du Mont Saint-Michel et la communauté d’agglomération, afin de redévelopper les liens historiques qui unissent nos deux territoires, si différents pourtant, depuis plus de mille ans. Derrière cette démarche il y a la volonté de réaliser de vrais partenariats notamment dans le domaine touristique avec très bientôt des propositions concrètes qui contribueront à valoriser l’interconnexion, souvent très ancienne, de nos régions.

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Rencontre de Monte Sant’Angelo, région des Pouilles en Italie du sud, dans le cadre de la signature de la charte de Jumelage avec le Mont-Saint-Michel, le 4 mai 2019.

Je suis convaincu que c’est à travers ces initiatives que vivra et se développera l’Europe dont l’unité ne doit pas être mise à mal par les visées populistes et démagogiques de certaines formations politiques irresponsables.

Alors, certes, l’Union européenne n’est pas irréprochable dans la façon dont elle s’adresse aux citoyens qui peinent à en comprendre le fonctionnement et l’apport dans leur quotidien ; face à ce constat, il est aussi de notre devoir de mettre en avant les acquis de la coopération européenne qui résultent de la volonté de nos aînés de reconstruire notre vieux continent après le second conflit mondial.

Et je souhaite que les commémorations du 75ème anniversaire du débarquement et de la bataille de Normandie soient également propices à cette indispensable transmission des leçons de l’histoire ; mais nous aurons l’occasion dans reparler.

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Le sous-préfet d’Avranches et le chef d’escadron de gendarmerie remercient les élèves de l’école André Parisy de leur présence pour le chant de la Marseillaise ; crédit protographique : François Groualle, Avranches Infos.

Enfin, afin de compléter cette allocution, je souhaiterais évoquer brièvement un autre sujet dont, nous sommes tous conscients désormais, et qui constitue en soit un véritable combat qui propulse l’humanité dans une ère nouvelle et auquel nous ne pouvons plus nous soustraire.

Ce combat auquel nous devons prendre part dès à présent a pour enjeu la survie de l’humanité au sein d’éco-systèmes aujourd’hui menacés, dégradés voire déjà détruits.

À travers ce combat, c’est le modèle même de nos sociétés contemporaines que nous devons questionner ; c’est le fonctionnement de notre économie, la manière dont nous produisons et dont nous consommons qui doit être au cœur de nos préoccupations. Car comme l’affirme le biologiste Pierre Joliot-Curie :

« Une société qui survit en créant des besoins artificiels pour produire efficacement des biens de consommation inutiles ne paraît pas susceptible de répondre à long terme aux défis posés par la dégradation de notre environnement. »

Si nous n’y prenons pas garde, si nous ne prenons pas au sérieux ces indicateurs dont nous avons aujourd’hui la preuve de la véracité scientifique, alors nous allons à très court terme vers de nouveaux déséquilibres qui engendreront, ici et là, partout dans le monde, de nouveaux conflits dont les conséquences seront plus graves encore que ceux connus lors du dernier conflit mondial.

L’engagement de chacun de nous en faveur du maintien de la biodiversité est à présent une cause planétaire à laquelle nous ne pouvons plus rester insensibles.

Même si, a priori, nous sommes ici, dans la baie du Mont Saint-Michel dans un environnement préservé, nous devons avoir à l’esprit que la Terre est un tout, un ensemble fini, dont la préservation est indubitablement l’enjeu majeur.

Vaste sujet qui nous éloigne peut-être de notre commémoration du 8 mai mais qui pourtant doit attirer notre vigilance d’hommes libres du fait des menaces qui pèsent désormais sur nos équilibres planétaires.

Enfin, pour conclure je souhaite reprendre cette phrase de John Fitzgerald Kennedy qui disait ceci :

« Les problèmes du monde ne peuvent être résolus par des sceptiques ou des cyniques dont les horizons se limitent aux réalités évidentes. Nous avons besoin d’hommes capables d’imaginer ce qui n’a jamais existé. »

En ce sens, nous devons avoir confiance dans notre jeunesse en nous efforçant de lui expliquer les dangers du repli sur soi, révéler les mécanismes simplistes qui mènent irrémédiablement aux impasses idéologiques qui débouchent sur les conflits. Pour que nous puissions continuer à vivre libres et égaux en droits et pour que le plus grand bonheur de l’homme soit de naître, de vivre et de mourir sans connaître la guerre.

Merci de votre attention,

Vive notre République, vive la France et vive l’Europe !

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Visite amicale de René André, ancien député-maire d’Avranches, lors de la cérémonie du 8 mai 2019 ; crédit photographique : Nicolas Thomas, La Manche Libre.

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