Chronique autour du grand débat

Chronique rédigé pour le journal La Manche Libre, édition du 27 janvier 2019.

En préambule de ce billet, je dois d’abord préciser que je ne suis adhérent d’aucun parti, ni d’aucune obédience politique et que, farouchement attaché aux libertés publiques, j’ai toujours considéré que la liberté de parole, le respect et l’écoute de points de vue antagonistes, comptaient parmi les fondements du contrat social. Je considère aussi que la période que nous vivons ; le réchauffement climatique, le délitement de l’idéal européen, les tensions nationales et internationales (terrorisme, affirmations nationalistes guerrières), doivent nous amener à accepter notre diversité de pensée, afin de trouver ensemble des voies soutenables de sortie de crise. Il en va de l’avenir de nos enfants.

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Si je m’exprime dans ces colonnes, c’est d’abord à la demande de la rédaction de la Manche Libre, à la suite d’une publication facebook liée à la rencontre du Président de la République avec les maires à Bourgtheroulde, où j’exprimais ma déception au regard du contenu des échanges.

Bourgtheroulde

Je sais que de nombreux collègues ont largement apprécié l’exercice. Je peux le comprendre, tant il a pu sembler rare, privilégié. Mais qu’avons-nous découvert ? Que notre Président est un formidable orateur, un rhétoricien hors-pair qui sait écouter et répondre ? L’inverse m’eût surpris, pas vous ?

Selon moi, cette séquence a plutôt révélé l’éloignement extrême entre la Présidence de la République et les élus locaux, sans même évoquer le reste de la population. Pourquoi ?

L’État français est présent au quotidien sur nos territoires ruraux. Les préfets savent bien faire remonter les enjeux de nos territoires aux ministères et à l’Élysée. Nos parlementaires sont capables de faire émerger des réformes depuis la base. Bien que flatteur, ce n’est pas d’un échange exceptionnel de 7h avec le Président de la République que nous avons besoin. Non, un président ne devrait pas avoir besoin de nous faire prendre des bus, accéder à un village verrouillé par un dispositif de sécurité impressionnant, pour comprendre la situation du pays et agir en fonction. Il a été élu pour définir avec nous un cap de sortie de crise. Alors au travail.

La République c’est nous !

La République c’est nous, tous les jours ; dans le geste de l’agent qui ramasse nos déchets, dans l’engagement du maire bénévole qui entretient ses chemins communaux ou dans l’action de la policière qui protège.

Nous attendons de notre gouvernement des mesures claires et justes. Or que dois-je constater ?

La poursuite de la fermeture des tribunaux locaux, les menaces permanentes qui pèsent sur l’hôpital public et la médecine rurale, les zones blanches, les faibles moyens alloués aux gendarmeries, les risques de fermeture de petites lignes de train, etc.

En 2018, ce sont les collectivités locales et les services de santé qui ont le plus supporté la réduction du déficit public. En outre, la suppression de la taxe d’habitation n’a pour l’instant fait l’objet d’aucune mesure compensatoire.

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Sortie de crise ?

Les gilets jaunes nous rappellent que la République doit s’enraciner dans les profondeurs du pays. Réapprenons à nous écouter les uns les autres. Maire, je suis prêt à accueillir tout débat.

Mais le grand débat, tel qu’il est présenté avec une plateforme internet descendante, m’interroge. Je crains que tout ceci ne serve qu’à nous faire patienter.

Car si l’objectif consiste à attendre les élections européennes pour nous annoncer ensuite des réformes impopulaires, je pense que l’échec de ce gouvernement pourrait nous mener bien bas. Maire, j’ai vécu la décrépitude du pouvoir élyséen, avec François Hollande, qui a conduit à la montée de l’abstention et du Rassemblement National. Je ne peux qu’anticiper avec dépit l’amplification de ce mouvement.

Retrouvons d’urgence le sens de l’éthique ; engageons-nous pacifiquement pour des causes collectives, au service des autres. Plus que jamais, sur la base d’une société au travail, défendons notre modèle de vie, fondé sur des services publics locaux qui protègent.

Exprimons-nous.

La République c’est nous !

La démocratie c’est nous !

David Nicolas

Maire d’Avranches

2 réflexions sur “Chronique autour du grand débat

  1. Sur la caricature du 23.2.16 dans la Lettre ouverte à l’ARS on aurait pu mentionner « Granville fermeture définitive » et quoiqu’ Avranches dispose déjà d’un hôpital privé , tous les arguments en faveur du maintien du site d’Avranches peuvent se retourner en faveur de Granville . Bien que les choses aient évolué depuis cette date , plutôt que de transformer le CH d’Avranches en usine à gaz , il est indispensable de maintenir un hôpital de proximité sur chaque site .

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