Allocution du 11 novembre 2018, centième anniversaire de l’armistice

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Il y a exactement 100 ans, à compter de 11 heures du matin le 11 novembre 1918, partout en France on annonce la fin des combats sur le front occidental. Quatre ans de guerre s’achèvent qui ont laissé une France exsangue et 1 millions 500 milles victimes sur 8 millions de morts et de blessés du conflit.

Le 11 novembre de l’année suivante, l’idée fut émise d’une « Flamme du Souvenir » qui fut allumée par le ministre de la Guerre André Maginot ; cette flamme sacrée qu’un « Comité de la Flamme » a depuis la tâche de raviver tous les jours au crépuscule ne s’est jamais éteinte, même pendant l’Occupation.

Plus tard, le 24 novembre 1922, le Parlement déclare le 11 novembre « fête nationale » avec la dénomination de « Jour du Souvenir » Depuis 2012, ce Jour du Souvenir, qui célèbre l’anniversaire de 1918, rend donc aussi hommage à tous les morts pour la France. Ainsi ce sont tous soldats français décédés en opération sans distinction de guerre auquel nous rendons hommage en ce jour. Notre 11 novembre est toujours bien vivant en France et nous devons nous en réjouir.

Cette année nous célébrons un centenaire, un « compte rond » avec une saveur particulière du fait d’un contexte européen complexe. La nécessité de commémorer avec peut-être plus d’insistance encore, parce que nous sentons bien que cette Union européenne issue de ceux conflits mondiaux est aujourd’hui sérieusement menacée.

 

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Les anciens de 14-18, au-delà de leurs souffrances et de leurs sacrifices, n’avaient qu’une ambition : que leur guerre fût la dernière, « la der des der ». Et pourtant, comme l’écrivait Jean Monnet :

« La guerre fut gagnée mais le Traité de Versailles n’installait pas la paix de façon durable » et il ajoutait encore :

« J’ai compris que l’égalité était absolument essentielle dans les rapports entre les peuples comme entre les hommes. Une paix d’inégalité ne peut rien donner de bon ».

« Une Europe réconciliée est et sera demain plus encore la réponse qu’ils attendaient de nous » disait François Mitterrand, le 11 novembre 1988, lors d’une allocution à Rethondes.

Nous l’avons vu hier après-midi, le président de la République a inauguré à Compiègne une plaque avec la chancelière allemande Angela Merkel afin de réaffirmer la nécessaire amitié franco-allemande au service de l’Europe et de la paix. Cette cérémonie de commémoration à la Clairière de Rethondes avait une forte valeur symbolique, en se tenant sur le lieu même de la signature de l’Armistice.

Point d’orgue des commémorations, une grande cérémonie aura lieu ce dimanche 11 novembre au matin, sous l’arc de Triomphe, en présence d’une soixantaine de chefs d’État et de gouvernements, dont Angela Merkel, Vladimir Poutine et Donald Trump qui seront ensuite reçus à l’Elysée.

Ensuite, la chancelière allemande, ouvrira à 15h30 la première édition du « Forum pour la paix » dans la Grande Halle de la Villette, de Paris, qui sera suivi d’une prise de parole du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Avec pour objectif de défendre le multilatéralisme, l’idée de ce forum est née d’un constat : le monde va mal. En témoignent la remise en cause de l’Otan, de l’OMC, de la justice internationale, l’incapacité des Nations unies à régler le conflit syrien, les crises migratoires, l’émergence de gouvernements nationalistes et populistes, ou encore la dérégulation d’Internet.

Il s’agit d’un rendez-vous qui a vocation à être reconduit d’année en année. Et le président de ce forum, Justin Vaïsse, directeur depuis 2013 du centre d’analyse, de prévision et de stratégie du ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères, explique à ce sujet : « Ce n’est pas un sommet pour la paix pour faire de la médiation ou de la diplomatie. C’est un sommet sur les conditions de la paix, sur la façon dont on peut améliorer l’organisation du monde, ses règles, ses institutions, pour parvenir à la paix ».

Mais, selon moi, cette volonté gouvernementale n’a pas de sens si à l’échelle de nos communes, l’initiative n’est pas relayée. Je suis convaincu qu’Avranches doit contribuer à cette « mission européenne et internationale » en maintenant et en développant ses liens d’amitiés et toutes les coopérations possibles avec Korbach, en Allemagne, et aussi avec toutes ses villes jumelées ou amies, de Crediton, de Saint Helier, Chester ou Riolo Terme dont plusieurs représentants se sont retrouvés ici même au mois de septembre pour précisément « réaffirmer » notre souhait d’unité et de relation d’amitié. Il est de notre devoir, d’œuvrer dans ce sens en souvenir de ce guerres meurtrières que nous ne voulons plus connaître sur le sol européen, ni ailleurs.

Nos monuments, nos commémorations, sont des biens précieux, ils constituent un patrimoine républicain et mémoriel essentiel qui doit s’inscrire de manière intelligible dans nos espaces publics de façon à questionner de manière permanente notre douloureux passé. Et l’enseignement de l’Histoire, sous toutes ses formes, doit demeurer une cause nationale majeure. Car l’Histoire demeure l’outil indispensable de la construction de nos mémoires collectives ; et je me réjouis qu’un peu partout, des initiatives fleurissent pour garder bien vivant le souvenir de ces souffrances humaines.

Force est de constater que ce centenaire a donné lieu à de nombreuses manifestations proposées localement pour accompagner ce centenaire. Il y a notamment la parution de la thèse de doctorat de Jérémie Halais Des normands sous l’uniforme, qui avec le soutien de la Ville d’Avranches et de la communauté d’agglomération, publication que je vous conseille vivement !, fait la synthèse de ce que vécurent les 30.000 hommes mobilisés du sud de la Manche. De cette somme dédiée à nos soldats, ressort leur condition très majoritairement rurale qui a impliqué un taux de pertes important avec 18 % de soldats tués du fait d’une affectation massive des agriculteurs dans les rangs de l’infanterie, arme la plus exposée aux dangers et aux combats. Au cœur de la recherche scientifique se sont de véritables portraits d’homme et de soldats qui surgissent des ténèbres de la Grande guerre. 35 dossiers documentaires de poilus ont été exploités pour cette étude ; chacun d’eux laisse apparaître un contexte familial et professionnel, un parcours de guerre où s’entremêlent épreuves physiques, combats, et relation épistolaire avec l’« arrière ». Témoignage émouvant, passionnant et éclairant sur ce que vécurent nos aïeux.

Cette évocation de des poilus de l’Avranchin me permet de citer un bref extrait du roman d’Henri Barbusse (1873-1935), Le Feu, journal d’une escouade, prix Goncourt 1916 :

« Ce ne sont pas des soldats: ce sont des hommes. Ce ne sont pas des aventuriers, des guerriers, faits pour la boucherie humaine […] Ce sont des laboureurs et des ouvriers qu’on reconnaît dans leurs uniformes. Ce sont des civils déracinés. »

Cette citation qui transcrit si bien cette réalité du déracinement, de l’humanité bafouée.

Notre musée d’art et d’histoire d’Avranches qui ouvre ses portes tout cet hiver, depuis le 20 octobre 2018 et jusqu’au 3 mars 2019, s’appuie sur les recherches de l’historien pour proposer une exposition remarquable dédiée à la vie de soldats du Sud-Manche,  au fil des quatre longues années du conflit. À l’occasion du Centenaire de la Première Guerre mondiale, la ville d’Avranches consacre une exposition aux soldats du Sud de la Manche dans la Grande Guerre. Grâce à la présentation de nombreux documents originaux (lettres, journaux, affiches, objets…), l’exposition suit les parcours des conscrits depuis la mobilisation, la vie dans les tranchées jusqu’au retour au foyer. S’appuyant sur les recherches récentes, elle révèle les comportements d’une génération d’hommes confrontés à l’autorité militaire et à l’horreur de la guerre. Je ne peux que vous inviter à découvrir cette belle exposition.

Enfin, une autre initiative mérite d’être signalée, celle de l’association Résonance créée en juillet 2015 suite à une rencontre : au cours d’un échange avec nos amis de Crediton,  Rod Brookes-Hocking, professeur qui organise dans sa ville des évènements culturels, nous a proposé de participer à un projet grandiose : créer un spectacle commun avec une ville allemande, une ville française et une ville anglaise. Le thème : la guerre de 14-18 vue de l’arrière dans trois pays européens en guerre. Au fil des mois, le projet s’est nourri de nombreuses recherches et de rencontres. Malheureusement, si le projet de dimension européenne initialement prévu n’a pu voir le jour, faute de moyens pourtant attendus et espérés avant le Brexit, l’équipe française a continué à travailler sur ce projet qui se traduit aujourd’hui par une pièce de théâtre remarquable baptisée « les absents ». Spectacle qui s’appuie sur les témoignages authentiques de civils restés à l’arrière, dans l’attente du retour de leurs absents, père, fils, époux… Cette pièce de théâtre remarquable, qui a été et sera proposé une dizaine de fois dans tout l’espace communautaire, est un merveilleux hommage, une belle façon de célébrer ce centième anniversaire de l’armistice de 1918.

À travers ces diverses propositions que je souhaitais énumérer ce matin, il y a, nous le voyons bien, une volonté populaire de commémorer, d’expliquer et de transmettre cette mémoire de la première guerre mondiale. Une volonté de faire vivre les leçons du passé. C’est bien en examinant les mécanismes des origines de la guerre, en humanisant les réçits, en les rendant accessibles à tous et notamment aux plus jeunes, qu’il est possible de demeurer sur le chemin de la paix et de la liberté.

En cela, le 11 novembre est un événement patriotique éminemment éducatif et je crois très sincèrement que le rôle de nos collectivités mais aussi de chaque citoyen est bien d’encourager tous ces projets culturels en faveur notamment de la jeunesse pour la dissuader de suivre les pistes de l’obscurantisme.

Vive la République et vive la France !

Mais aussi, plus que jamais, vive l’Europe !

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