Impossible oubli… 30 avril 2017

L’histoire est indispensable à la mémoire des hommes ; elle permet de comprendre le présent et, parfois, d’anticiper certaines évolutions dont les ressorts sont bien souvent redondants. Les tragédies humaines du XXe siècle appelèrent un nécessaire devoir de mémoire et les historiens n’ont de cesse d’analyser les mécanismes qui conduisirent l’humanité au bord du gouffre.
En ce 30 avril 2017, jour du souvenir des déportés et des héros de la déportation, et dans le contexte électoral que nous connaissons, je me permets de revenir sur le destin des familles avranchinaises déportées vers Auschwitz en 1942.

Arrivées au début des années 1930, deux familles juives vivaient à Avranches, les Mainemer et les Rosenthal. Parfaitement intégrées, elles travaillaient honnêtement dans le domaine de la confection et vivaient de la vente de leurs produits sur les marchés de la région. Cette activité leur avait permis de tisser de nombreux liens parmi les autres commerçants d’Avranches et des alentours.

Avec l’Occupation allemande, puis les premières mesures antisémites, la vie des Rosenthal et les Mainemer devint très difficile.

Les Mainemer

Anne-Marie Mainemer et sa sœur Rose-Marie naquirent à Paris avant d’arriver à Avranches, en 1932, avec leurs parents commerçants, Joseph et Dina.
Le 13 août 1940, trois mois après le début de l’occupation allemande, Anne-Marie fut reçue au baccalauréat. En 1941, avec les premières mesures antisémites, les commerces juifs furent particulièrement visés et Joseph Mainemer vit son activité ralentir. L’année suivante le port de l’étoile jaune devint obligatoire.
Le 26 juin 1942, Anne-Marie passa son « bac-philo » organisé à la mairie d’Avranches. À cette occasion, elle refusa de « subir l’humiliation de porter l’étoile jaune devant des centaines d’élèves et de professeurs » et, par solidarité, son père vint la chercher sans porter ladite étoile. Le lendemain, sur la dénonciation d’un habitant qui les avait aperçus place Littré sans l’étoile, les Mainemer reçurent la visite de la Feldgendarmerie. Le 14 juillet, Joseph et Dina Mainemer furent arrêtés et enfermés à la prison d’Avranches où ils passèrent la nuit avant d’être conduits à la gare d’Avranches, où Anne-Marie fut autorisée à les accompagner. Elle ne les revit jamais.
Anne-Marie resta alors au domicile familial avec sa jeune sœur âgée de 12 ans, recevant peu de visites ; Désiré Lerouxel, résistant d’Avranches, fit partie des quelques amis fidèles de la famille qui prirent soin de la santé des deux jeunes femmes.
En 1943, elles ne sortaient que très peu de leur maison ; les Juifs n’avaient plus le droit de fréquenter les écoles et la plupart d’entre eux avaient déjà été arrêtés. En novembre 1943, Anne-Marie prit conscience des risques qu’elle et sa sœur couraient en restant à Avranches. Elles décidèrent alors de fuir, sentant leur arrestation proche. Le 23 novembre, elles échappèrent de justesse à l’occupant en courant sous la pluie à travers les rues d’Avranches ; elles trouvèrent refuge chez le directeur de l’usine à gaz, monsieur Bitard, qui les hébergea pendant plus d’un mois.
En janvier 1944, sous une fausse identité, les deux sœurs quittèrent Avranches pour Caen où elles furent hébergées chez les religieuses de la Charité ; elles y restèrent jusqu’en avril avant de gagner Paris, puis Lyon où elles apprirent la nouvelle du débarquement allié en Normandie. Elles rentrèrent à Avranches en janvier 1945.

Les Rosenthal

Le 14 juillet 1942, Zalma Rosenthal fut arrêté chez lui, tandis que son épouse, Ruchla, accouchée depuis peu resta seule deux enfants, Jacques, 8 ans, et Estelle âgée de quelques jours.
Le lendemain, Zalma Rosenthal fut expédié vers Paris avec les époux Mainemer qui laissaient, eux aussi, leur deux filles, Anne-Marie et Rose-Marie, à Avranches.
Trois mois plus tard, le 23 octobre 1942, Ruchla, Jacques et Estelle furent à leur tour conduits à la prison d’Avranches. Elise Thomas, qui fut la nourrice du petit Jacques, entreprit des démarches auprès du chef de la Kommandantur, Arthur von Pasquali, afin d’obtenir leur libération.
En vain. Cependant, face à son insistance et à celle de Ruchla, les Allemands acceptèrent de lui remettre Estelle mais refusèrent de libérer Jacques qui, avec sa maman, fut déporté vers Drancy le 6 novembre 1942 avant d’atteindre le camp d’extermination d’Auschwitz où ils périrent.
La petite Estelle fut alors élevée par les époux Thomas au côté de leurs deux enfants, Rolande et Roger. Estelle fréquenta l’école primaire de Saint-Quentin-sur-le-Homme et le lycée d’Avranches ; devenue institutrice enseigna à Granville et à Saint-Michel-des-Loups avant de partir vivre en Israël.
Le 29 juin 1992, à titre posthume, Paul et Élise Thomas furent reconnus Justes et, deux ans plus tard, la médaille et le diplôme furent remis à leurs enfants lors de la cérémonie d’inauguration du square Joseph et Dina Mainemer à Avranches.

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