Allocution du 8 mai 2016

Mesdames et Messieurs, chers Amis,

Cette année encore, nous commémorons l’épilogue du second conflit mondial.

Un conflit long de six années qui plongea de nombreuses Nations dans l’une des périodes les plus sombres et les plus violentes de leur histoire.

Qui aurait pu croire, en 1939, à un conflit d’une telle brutalité ? Qui aurait pu imaginer les persécutions innombrables et massives dont les populations civiles furent victimes ?

Populations civiles, hommes, femmes et enfants parce qu’ils étaient juifs, tziganes, homosexuels, ou opposants politiques à un régime totalitaire ont été pourchassés, déportés, exterminés. Victimes civiles, encore, tombées lors des combats de la Libération des territoires occupés. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, cette guerre fit plus de victimes civiles que militaires.

Depuis 71 ans, notre mémoire collective ne cesse de porter le deuil de 52 millions de victimes ; et nous réunissons, traditionnellement, dans nos Hôtels de Ville, partout en France, pour commémorer la fin des combats et de l’horreur mais aussi, et surtout, pour célébrer cette paix et cette liberté qui nous sont si chères.

Ce temps de recueillement national nous offre l’opportunité de songer avec respect à ces hommes et à ces femmes qui ont combattu l’ignominie idéologique nazie afin de maintenir bien vivantes nos valeurs démocratiques et humanistes.

Et nous rendons hommage à ces soldats dont les noms demeurent gravés dans le marbre dont la vie fut sacrifiée pour la France ; nous rendons hommage aux résistants qui firent le choix de la lutte et non de la soumission,

Comme nous rendons hommage à tous ceux qui œuvrèrent, dans l’anonymat pour développer les réseaux d’entraide et de solidarité, dans l’attente de la fin de cette guerre.

71 ans plus tard, nous nous souvenons. Mais qu’est-ce que le souvenir sans transmission ?

Qu’est-ce que la mémoire sans éducation, sans l’explication de ce passé ?

Comment dire cette histoire alors que notre société évolue sans toujours laisser la place à la réflexion ?

Plus que jamais, avec la disparition inexorable des témoins de cette guerre, nous devons faire preuve de pédagogie pour faciliter ce travail mémoriel indispensable qui continue à donner du sens aux luttes de nos aînés.

Nous avons le devoir de nous souvenir pour rester vigilant et mieux défendre nos valeurs de Paix et de Liberté ; nous avons le devoir de nous souvenir pour permettre à l’Humanité d’avancer avec sagesse, en tirant les leçons de ce passé.

La France à nouveau frappée

Pourtant, nous devons rester plus que jamais vigilants car la Paix et la Liberté sont en ces temps troublés particulièrement fragilisées.

Il faut l’admettre, notre civilisation occidentale, européenne, est à ce jour la cible de fanatiques qui accomplissent au cœur de nos vies des attentats d’une incroyable violence ;

« L’état d’urgence » décrété en novembre 2015 rend concrète la situation difficile dans laquelle se trouve notre démocratie, confrontée à des attaques d’une ampleur et d’une nature nouvelles qui nous visent dans notre quotidien, au cœur même de notre identité nationale.

Mais ces actes barbares, absurdes, contraires à l’idée noble que nous nous faisons de l’Humanité et qui déstabilisent nos États, doivent cependant nous amener à la cohésion nationale.

Avranches face à la réalité d’un monde toujours en guerre

Et Avranches, depuis 71 ans, connaît à nouveau la réalité concrète de la guerre qui frappe divers endroits du monde. Avec l’accueil de demandeurs d’asile dans notre ville, nous avons la fierté de remplir un devoir dicté par notre République qui a ratifié la convention de Genève.

Avec l’arrivée à Avranches d’une soixantaine de personnes, hommes, femmes et enfants, nous connaissons ce contact quotidien avec les victimes de conflits meurtriers et destructeurs qui se sont embrasés ici et là et que nul ne sait plus éteindre aujourd’hui.

Et je salue l’engagement des nombreux habitants d’Avranches, plus d’une cinquantaine, issus du milieu associatif ou acteurs individuels, qui se mobilisent pour accompagner ces familles ou ces personnes seules qui ont été arrachées de leur sol natal par les conflits violents qui secouent leurs pays.

Ces visages, ces regards, que vous avez sans doute croisé dans les rues d’Avranches, sont ceux d’êtres qui ont la plupart du temps tout perdu chez eux ; Afghans, Syriens, Érythréens, Soudanais, etc., tous victimes de la guerre comme nous le fûmes il y a plus de 70 ans, et qui recherchent désormais la paix, pour se reconstruire, dans l’espoir d’un retour.

Le défi environnemental

D’autre part, l’Humanité sait désormais qu’elle doit, dès à présent, livrer un combat d’une autre nature.

Un combat contre elle-même, contre ce dérèglement climatique désormais avéré qui résulte de modèles qui l’ont conduite dans une impasse et qui sont plus que jamais source de conflits, source de migrations nouvelles, économiques, politiques et climatiques.

Nous devons sans aucun doute nous préparer à de nouvelles difficultés. Mais, plus que jamais, nous devons avoir confiance en ce que nous sommes, peuple de France, qui toujours, par le passé, a su surmonter les difficultés pour se construire un avenir.

Et je suis persuadé que du souvenir, de la mémoire qui nourrit l’éducation, nous parviendrons à maintenir vivantes nos valeurs humanistes fondamentales, pour que nous puissions continuer à vivre libres et égaux en droit dans une démocratie, et connaître l’un des plus grands bonheurs de l’homme qui consiste à naître, vivre et mourir sans connaître la guerre.

Vive la République, vive la France !

En présence de madame le Sous-Préfet, monsieur le député, monsieur le Sénateur, messieurs les Gendarmes, monsieur le Commandant des pompiers, des Anciens Combattants et présidents d’associations patriotiques et porte-drapeaux, de mesdames et messieurs les élus municipaux et communautaires.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s