Demandeurs d’asile à Avranches : petite mise au point

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La presse locale a fait paraître cette semaine divers articles au sujet de la création d’un Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) à Avranches.

Je souhaite préciser qu’à aucun moment je n’ai été contacté à ce sujet afin de faire connaître la position de la Ville d’Avranches.

 Aussi, pour pallier cette absence d’expression municipale, je propose le texte qui suit.

Le Centre d’accueil pour demandeur d’asile qui s’ouvre n’est pas un projet de la ville d’Avranches

La Manche Libre parue hier, le mercredi 20 janvier 2016, déclare de manière totalement arbitraire et péremptoire : « Le maire l’a voulu, France Terre d’Asile l’a fait ». Voilà un raccourci qui mérite un sérieux ajustement car il devient difficile de faire comprendre à monsieur le rédacteur en chef de l’hebdomadaire le réel positionnement de la Ville. La lecture comparée des trois journaux ayant rencontré les acteurs du CADA d’Avranches montre un réel décalage de compréhension des propos tenus par Monsieur Pierre Henry, secrétaire général de l’association France Terre d’Asile.

Tout d’abord, il faut rappeler que la ville d’Avranches n’a aucune compétence en matière d’accueil des demandeurs d’asile.

C’est une prérogative qui relève uniquement de l’État, et c’est bien l’État qui, en 2015, a décidé d’augmenter le nombre de places de CADA disponibles au niveau régional. En juillet 2015, le ministère de l’intérieur a lancé un appel à projet pour répondre à ces nouveaux besoins et, dans ce contexte, France Terre d’Asile a porté divers projets dont celui pour Avranches qui a été validé par arrêté ministériel à l’automne. Certes la Ville a été prévenue mais il aurait été particulièrement mal venu, dans le contexte international, de s’opposer à ce projet. En revanche, aux mois d’octobre et novembre 2015, nous avons engagé une discussion avec les communes de Mortain, de Saint-Hilaire-du-Harcouët, Saint-James, Brécey et Isigny-le-Buat afin d’envisager la création d’un CADA à l’échelle du Sud-Manche ; cette hypothèse s’est révélée pour l’heure irréalisable.

En application de la convention de Genève, l’association France Terre d’Asile est gestionnaire dans notre pays de plusieurs centres d’accueil comme celui de Saint-Lô. France Terre d’asile loue les logements au bailleur social Manche Habitat, les meuble et les équipe. Les locaux administratifs situés rue de Lille sont loués à la Ville.

Dans le cas précis d’un CADA, la ville concernée n’engage pas le moindre centime.

En revanche, la commune est force de médiation et tente d’assurer aux arrivants le meilleur accueil possible tout en garantissant le maintien de l’ordre public.

Parmi les personnes, les familles, qui arriveront à Avranches, vont se trouver des personnes qui fuient la guerre. Leurs situations seront examinées au cas par cas. Et nous avons, il me semble, un devoir d’accueil des populations qui vivent des situations terribles dans leurs pays. Avranches a connu la guerre il y a 70 ans. Ne l’oublions jamais.

D’autre part je rappelle que plusieurs familles ont été accueillies depuis presque 20 ans à Avranches et que leur intégration est aujourd’hui considérée comme une réussite totale.

En tant que représentant de la République Française, je me dois de respecter et de faire appliquer les décisions de l’État qui concernent notre commune dès lors qu’elles sont régulièrement décidées. Déléguée par l’Etat pour gérer le CADA, France Terre d’Asile a aujourd’hui la confiance de la ville d’Avranches.

En cas de difficulté ou de trouble éventuels causés par un demandeur d’asile, comme pour tout autre habitant, j’en ferai immédiatement part aux représentants des forces de l’ordre et autorités républicaines compétentes, dans le cadre de mon pouvoir de police. Je n’hésiterai pas à demander la prise des mesures nécessaires auprès des services de l’État.

90 places pour 21 familles

Le nombre soi-disant important de personnes qui seront accueillies sur le territoire communal s’explique par le fait que le sud-Manche était absent des dispositifs d’accueil dans notre département.

Le CADA est la formule la plus éprouvée et la plus encadrée pour l’accueil de demandeurs d’asile. Dans l’hebdomadaire La Manche Libre, le journaliste ne mentionne que les chiffres d’accueil en CADA en omettant d’évoquer les autres types d’accueil de demandeurs d’asile, comme les dispositifs d’urgence, qui constituent pourtant la plus grande partie de l’accueil des migrants et concerne plusieurs centaines de personnes dans la Manche.

Faisons le décompte. Pour Saint-Lô, 65 personnes sont accueillies en CADA et près de 130 en dispositif d’urgence, portant le total à 195 personnes. À Cherbourg, 55 personnes sont accueillies en CADA et près de 130 en dispositif d’urgence, portant le total à 185 individus. Il faut ajouter à ces effectifs toutes les personnes qui bénéficient du service de domiciliation, soit environ 300 personnes.

Faire peur en jouant avec les chiffres ne fait pas partie de mon éthique personnelle.

Pour information, je signale qu’il a été précisé par la préfecture de la Manche qu’Avranches restera à l’écart de ces autres dispositifs d’accueil d’urgence autre que le CADA.

Polémique, vous avez dit polémique…

Pour permettre une bonne information du conseil municipal, une séance plénière réunissant l’ensemble des élus d’Avranches, les forces de l’ordre, les services de l’État et France Terre d’Asile a été organisée ce lundi 18 janvier.

Or, questionné, lui, par La Manche Libre, Monsieur Huet s’étonne que, je cite : « […] ce projet a été conçu dans le plus grand secret entre la municipalité et l’association France Terre d’Asile depuis plusieurs mois.
 Le conseil municipal n’en a jamais été informé […] ».

Cela est bien entendu totalement faux puisque le 19 novembre 2015, ce projet avait été évoqué au sein du Centre Communal d’Action Social au sein duquel monsieur Huet siège. Il était invité mais fut absent comme lors de toutes les réunions du CCAS depuis avril 2014. Le 26 novembre un compte-rendu tout à fait explicite lui avait été adressé mentionnant le projet de l’État. Il appartenait à monsieur Huet de nous questionner sur le sujet suite à son absence à ce rendez-vous.

Extrait du compte-rendu du CCAS en date du 26 novembre et adressé à monsieur Huet.
Extrait du compte-rendu du CCAS en date du 26 novembre et adressé à monsieur Huet.

Notre positionnement politique

Autre rumeur tenace, qui, mêlée à la première, crée une confusion dans l’esprit de nos concitoyens. Les élus de la majorité municipale d’Avranches seraient tous des « gens de gauche ». À ce sujet, je souhaite rétablir la vérité. Notre groupe, baptisé « Aimons Avranches ! » est issu d’une liste citoyenne de sensibilités diverses. Politiquement, nous sommes classés comme « divers » par la préfecture. De sensibilité du centre, je n’ai jamais eu de carte dans aucun parti et je suis libre de ma pensée ; nous constituons par conséquent une équipe plurielle. C’est une équipe constituée de personnes qui aiment profondément Avranches et le choix du respect du projet de l’État d’ouvrir un CADA dans notre commune a nécessité une adhésion de l’ensemble du groupe de la majorité ; cette adhésion est le prérequis du bon accueil réservé par les Avranchinais aux personnes qui arriveront bientôt au sein du CADA.

En tant que chef de ce groupe municipal, j’entends maintenir le dialogue et la cohésion et surtout l’expression d’une richesse de pensées et de valeurs diverses et complémentaires.

Pour en finir avec les querelles stériles

Je souhaite que cesse ce climat incessant de polémiques stériles.

Ces polémiques créent un climat peu supportable alors que notre ville a tant besoin de projets constructifs. J’attends toujours de l’opposition qu’elle porte un seul projet. Depuis presque deux ans, je n’en ai pas entendu un seul. La critique permanente n’a jamais constitué un programme et je réitère une nouvelle fois mon offre, cette main tendue à notre opposition : travaillons ensemble pour Avranches.

De la cohésion de la population d’Avranches, dépend la réussite de l’implantation de ce Centre d’accueil. Je ne doute pas que nombreux seront les habitants qui soutiendront cette création et se porteront volontaires pour l’accompagner, si je me réfère aux nombreux messages de soutien dont j’avais été le destinataire lors des tragiques évènements de l’automne dernier, sur les plages méditerranéennes.

Je compte sur les Avranchinais pour se montrer digne de la situation.

L'équipe du CADA d'Avranches autour de Pierre Henry, secrétaire général de France Terre d'Asile (source Ouest-France).
L’équipe du CADA d’Avranches autour de Pierre Henry, secrétaire général de France Terre d’Asile.

Une réunion publique

Une réunion publique est organisée ce lundi 25 janvier par France Terre d’Asile et sous la médiation de la ville d’Avranches. Elle doit permettre à chacun de poser ses questions. J’espère y retrouver monsieur Huet afin qu’il y expose son point de vue. J’y serai personnellement présent et n’escompte fuir devant aucune des responsabilités qui m’incombent.

 

8 réflexions sur “Demandeurs d’asile à Avranches : petite mise au point

  1. Merci pour cette mise au point remarquable, claire et précise. Vous avez notre soutien pour ce projet de  »France Terre d’Asile »,projet nécessaire et humanitaire

    Aimé par 1 personne

  2.  » mais il aurait été particulièrement mal venu, dans le contexte international, de s’opposer à ce projet. »

    Donc vous ne vous y êtes pas opposé, ce qui correspond à le vouloir.

    Alors la formule « Le maire l’a voulu, France Terre d’Asile l’a fait » est plutôt bien résumée en réalité, et votre long, très long développement de ne fait que le confirmer.

    Vous êtes vous posé la question : « en quoi ces personnes vont-t-elle améliorer le sort de mes administrés et créer du lien entre eux ? ».

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    1. Éric,
      Non, je n’ai pas « voulu » ce projet dans le sens ou je ne l’ai pas « réclamé » auprès du ministère. Enfin, il faut bien que vous compreniez qu’il était hors de question de ne pas accepter ce projet porté par France Terre d’asile et accepté par l’État sur notre commune ; je vous invite à relire mes propos sur mes considérations républicaines.

      Concernant le second point que vous soulevez, je vous confirme que nous nous sommes posés cette question et nous l’avons posée à France Terre d’asile dont l’expérience permet précisément d’envisager diverses manières de créer du lien au sein de la population, entre « administrés » et nouveaux arrivants. C’est évidemment là que se situe la clé de la réussite de ce CADA.

      Juste une question Éric : en tant qu’Avranchinais, quelles solutions proposez-vous pour créer ce lien ?

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  3. Merci sincèrement de m’avoir répondu.

    L’idée de mon post est de signaler qu’il y à là une contradiction car on ne peut pas dire qu’on ne la pas voulu tout en disant qu’il était hors de question de s’y opposer. Au mieux vous n’en êtes pas l’instigateur, ce qui n’est pas tout à fait la même chose.

    Quand vous dites avoir questionné « France-terre-d’asile » dont le crédo est l’universalisme (tous les hommes sont identiques et interchangeables, les frontières des monstruosités), je bondis : évidement qu’ils n’allaient vous dire que cela va diviser vos administrés !

    En tant que chef d’entreprise (située hors de la commune) toute dépense ou action entraine cette réflexion : « Est-ce dans l’intérêt de l’entreprise ? » « ai-je vraiment été mandaté pour faire cela ? »

    Je ne crois pas qu’on vous a mandaté pour faire rentrer dans la commune des familles à problèmes (j’utilise là un doux euphémisme) même gratuitement et tout ne se résume pas à un marchandage chiffré.

    Pour répondre a votre question, on crée du lien entre les gens (pour moi il s’agit de mes salariés, pour vous de vos administrés) en les intéressant à la vie de l’entreprise, et en les écoutant.

    Un petit référendum sur le sujet (via internet par exemple) aurait été bienvenu !

    Bien à vous,

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    1. Non, je ne suis pas l’instigateur du CADA.
      Et oui, je fais confiance à France Terre d’asile pour assurer cet accueil sur notre commune. Aucune dépense communale ne sera engagée.

      Vous avez raison, je n’ai pas été mandaté pour accueillir un CADA à Avranches. En revanche, en tant qu’élu de la République j’ai le devoir de faire appliquer les décisions ministérielles ; ce n’est donc pas moi, ni le conseil municipal qui « fait rentrer » des « familles à problème » (préjugé ?) sur la commune. C’est aussi pour cela qu’un référendum n’aurait eu aucun sens !

      Vous êtes chef d’entreprise ? Moi aussi ! J’administre une entreprise composée de 180 salariés. Ces salariés mettent en oeuvre les différents services publics communaux (Entretiens divers, écoles, administrations générale et d’état-civil, etc.) financés grâce à l’argent du contribuable. Nous comptons, au quotidien, chaque sou engagé et nous développons de vraies stratégies en termes de management, de développement et d’investissement. Bref, je crois que nous parlons le même langage.

      Cependant, contrairement à ce que vous écrivez, mes administrés ne sont pas mes salariés ! Ce sont les bénéficiaires des services assurés par la commune. C’est pour cette raison qu’en utilisant mon pouvoir de police, ma mission de maire consistera à veiller au bon maintien de l’ordre public, à la sécurité des habitants d’Avranches.

      Vous parlez d’informer la population. Et bien, c’est précisément ce que nous sommes en train de faire ! Information nécessaire du conseil municipal à huis clos avec les services de l’État, les forces de l’ordre et les chefs de services. Et lundi 25 janvier à 20h, salle Victor Hugo, réunion publique d’information ; puis, au cours des semaines et des mois qui viennent, divers moyens seront mis en oeuvre pour communiquer au mieux. Cela fait partie intégrante du bon fonctionnement d’un CADA.

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  4. Merci de ces utiles précisions.
    La ville d’Avranches se doit, évidemment, « de respecter et de faire appliquer les décisions de l’État » et nul doute qu’une majorité municipale « de droite » l’aurait fait aussi. La polémique en la matière est vaine et nauséabonde, certains surfant sur les inquiétudes d’une partie de la population. Alimenter ces inquiétudes et ces peurs est tout simplement irresponsable. De la part d’un député représentant de la nation cela est indigne.
    Félicitations pour vos propos clairs et sans ambiguïté. Je pense que bon nombre d’Avranchinais vous soutiennent la-dessus.

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