Refonder la ville

Vendredi 18 décembre, nous avons inauguré la place Saint-Gervais avec sa fontaine où jaillit désormais l’eau d’Avranches. Mais, que l’on ne s’y trompe pas, cet aménagement urbain n’est pas une simple intervention de « travaux publics », un geste convenu et « gratuit » ; non, derrière l’implantation de cette fontaine au coeur du centre ancien d’Avranches, il y a la volonté de marquer le renouveau d’un quartier tout entier.

Un peu d’histoire ; Legedia, aux origines d’Avranches

Les Trois Quartiers et la place Saint-Gervais sont au coeur du quartier gallo-romain de Legedia, notre ville fondée il y un peu plus de 2000 ans. Sous l’empire romain, Avranches portait en effet le nom de Legedia avant qu’on lui donne le nom de son peuple, les Abrincates (d’où est issu le nom Avranches), au cours de l’Antiquité tardive. Pour les historiens, Legedia est sans doute le nom d’une divinité ayant présidé à la fondation de l’agglomération et, peut-être, comme dans beaucoup d’autres villes antiques, d’une divinité liée à la présence de sources indispensables au développement urbain.

L’eau serait donc à l’origine d’Avranches ; une eau sacrée et pure qui circule en profondeur dans les innombrables fractures du socle granitique de la colline, une eau qui de tout temps a constitué la richesse d’Avranches ! Aujourd’hui, c’est elle, cette eau baptisée Legedia par les premiers Abrincates qui rejaillit au cœur du forum, de notre place publique retrouvée ; une eau source de vie, une eau symbole des enjeux environnementaux qui préoccupent les hommes du XXIème siècle !

Une histoire d’eau et de granit.

Au fil des siècles, la ville s’est développée grâce aux hommes qui y vécurent, qui l’ont édifiée en faisant œuvre d’urbanisme et d’architecture. L’urbanisme a tiré parti de la topographie ; les rues, les îlots d’habitations ont pris place sur une terrain vierge, nivelé par les premiers arpenteurs romains. Divers matériaux de construction ont été mis en œuvre : la terre, cuite et crue, le bois et surtout la pierre.

La pierre, ici, c’est le granit. Un granit vieux de 500 millions d’années, l’un des plus anciens du massif armoricain et d’Europe. Un granit très particulier car très homogène et propre à de véritables prouesses dans l’art de la taille et de la sculpture. Depuis 2000 ans, de cette matière pourtant très difficile à façonner, l’homme a su tirer le meilleur parti pour en faire un matériau noble ayant permis la réalisation de multiples joyaux architecturaux de notre région : l’abbaye du Mont Saint-Michel, la tour de la basilique Saint-Gervais, la collégiale de Mortain, de nombreuses autres églises, des ponts, des maisons, des châteaux…

Une histoire d’hommes

Cette rénovation de la place Saint-Gervais est donc une histoire d’eau et de granit. C’est un fait. Mais à cela, il faut ajouter qu’il s’agit également d’une histoire d’hommes ayant su faire évoluer leurs savoir-faire. Né de la double volonté politique et populaire – puisque la participation des habitants dans le choix du projet a été essentielle ! – ce projet n’a pu s’exprimer qu’en prenant appui sur les savoir-faire de l’architecte Arnaud Paquin et du tailleur de pierre Jean-Yves Mariau. Dans un premier temps, l’architecte a conçu une fontaine respectueuse de son environnement architectural, en « jouant » avec la présence de l’église Saint-Gervais qui impose sa silhouette élancée à l’ensemble du quartier ; il fallait un objet à la fois sobre et élégant qui assume un dialogue avec cette tour vertigineuse. Arnaud Paquin a réussi son oeuvre. Ensuite, il fallait le tailleur de pierre capable de réaliser le projet de l’architecte : restaurer et retailler l’ancien bassin de la fontaine Valhubert ; puis, mettre en oeuvre la vasque et ses éléments sommitaux. Jean-Yves Mariau a lui aussi exécuté avec brio son métier qu’il perpétue avec le souci de perfection de ses prédécesseurs. Cette fontaine est donc l’expression du génie humain, d’un génie attaché au matériau granitique identitaire de note pays du Mont Saint-Michel.

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L’architecte procède aux derniers réglages

Pour que revive la ville

Depuis cette place, il nous faut à présent repenser l’irrigation de la vie dans les rues adjacentes, vers les autres lieux périphériques aux Trois Quartiers : la Vielle Ville entourée de ses murailles, la place Littré, la rue de la Constitution, la Poste…

Car Avranches, j’en suis convaincu, est bien une ville « à prendre » ou, plus exactement, à « reprendre », en main, en considération, en affection…

Mais comment aimer sa ville ? Comment « bien se sentir » dans sa ville, dans son quartier ? Selon moi aimer son cadre de vie, repose sur trois étapes essentielles : tout d’abord, pour aimer un lieu, il faut en comprendre et en assumer le passé, l’histoire, pour avoir conscience d’appartenir à une lignée humaine, aussi diverse et fluctuante soit elle. Ensuite, doit naître en chacun des citoyens le désir de prendre soin et de respecter ce cadre de vie, comme son « chez soi ». Alors doit germer le désir de participer à son évolution et d’accompagner ses mutations ; c’est là une troisième étape qui fait d’un simple résident un citoyen à part entière.

La ville, un être vivant

Je me représente la ville comme un « corps humain », avec son squelette, constitué de ses îlots d’habitations de ses grands axes de communication, avec ses organes vitaux, que sont les services publics, les écoles, les commerces, un hôpital, etc., et, enfin, ses flux vitaux et nerveux générés par le déplacement des hommes, piétons, cyclistes ou automobilistes. Ce sont les activités humaines innombrables qui font la richesse d’une ville comme Avranches, de ce corps vivant deux fois millénaire. Pourtant, parfois, la disparition de certains organes vitaux provoque des « nécroses », la population quitte lentement un quartier, une certaine pauvreté s’installe et la ville est malade. Or, notre ambition est bien d’insuffler un cercle vertueux  pour qu’Avranches demeure bien vivante et se régénère.

L’urbanisme est un art qui vise à penser la ville dans l’organisation de ses organes vitaux et des flux humains qui les relient et Avranches a de nombreux atouts à faire valoir dans ce domaine. L’aménagement de la place Saint-Gervais est un geste à la fois symbolique et structurant qui marque le renouveau, le début de la refondation urbaine d’un quartier.

En 2016, comme cette année, nous bénéficierons du soutien du Conseil départemental et de son président mais aussi de l’État pour mener à bien nos projets urbains.

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Vendredi 18 décembre, l’inauguration de la place rénovée en présence de l’architecte Arnaud Paquin

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