« les maires sont les fantassins de la République »

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Violemment heurté comme chaque citoyen français par les attentats effroyables qui ont frappé la France au cours de cette année 2015, plusieurs sentiments nous animent, entre l’effroi, la sidération, l’impuissance, la révolte et la détermination à ne pas se soumettre à la barbarie.

Quelques jours après ce 13 novembre sanglant, les choses se décantent lentement, puis vient le temps d’une première et humble réflexion personnelle que je livre à chaud aux lecteurs de ce blog.

Être Français

Être citoyen de la France peut et doit être considéré comme une chance, surtout si l’on compare la situation de notre pays à celle de beaucoup d’autres dans le monde. Pourtant, combien de fois entendons nous, dans les médias et dans nos proches entourages des paroles dures à l’égard de notre pays ? Parfois, il semblerait même que de nombreux Français se disqualifient eux-mêmes de leur identité nationale par simple rejet lié à la vision négative qu’ils portent sur la France… Cela tient au fait entre autres choses, il me semble, que notre État, coupé de ses fondements populaires, ne parvient plus à susciter l’adhésion de ces citoyens qui, abandonnés, se détournent aussi du sentiment même d’appartenance à la Nation au Pays, au profit d’un sentiment de rejet.

Or, notre République ne doit plus exclure ses citoyens ! Au fil des ans, une partie de la classe politique s’est discréditée dans des querelles partisanes incessamment médiatisées, au gré d’innombrables « affaires » ou du fait de postures irresponsables d’élus-professionnels de la politique repus à l’exercice du « storytelling » et de la communication pour la communication. Beaucoup trop d’élus du peuple dont on attend qu’ils soient irréprochables et exemplaires agissent souvent comme en autarcie, sans oser réellement regarder leur pays en face, droit dans les yeux, avec empathie et sincérité. Élus-autocentrés, donc, aujourd’hui incapables de prendre la mesure de ce mouvement de fond qui entraine certains citoyens vers les tenants de discours nationalistes démagogiques et populistes et qui éloignent les autres des urnes.

Éduquer c’est savoir faire grandir

La République offre pourtant un environnement culturel riche, stable, avec ses institutions, ses codes, ses symboles. Parmi les rites essentiels, ne subsiste plus aujourd’hui que l’entrée de l’enfant à l’école et sa sortie avec un hypothétique diplôme scolaire (en 2012, 23.3% d’une classe d’âge sortait du système scolaire sans baccalauréat – général, professionnel ou technologique) qui constituent vraisemblablement avec le premier vote, les ultimes rites de passage républicains de nos jours. Au fil des décennies, beaucoup de ces moments forts de la vie du jeune citoyen ont disparu : certificat d’étude, service militaire, etc.

Dans toute société, les individus se construisent avec des « rites de passage » ; toute société fonctionne ainsi, en permettant aux plus jeunes de grandir au sein du groupe en intégrant la nécessité d’évoluer et d’acquérir les valeurs de respect, de solidarité, de travail, etc. indispensables à la vie en communauté. Franchir ces étapes de la vie au sein d’une société permet à l’homme de devenir adulte et responsable.

Pourtant, la société des loisirs et de consommation – consommer est même devenu un loisir – règne désormais. Et lorsque « loisirs » devient synonyme d’absence de contrainte il devient difficile d’éduquer car, chacun le sait, la construction individuelle passe naturellement par les contraintes imposées par l’apprentissage de la vie en collectivité, le respect de règles qui assurent l’ordre nécessaire au « vivre ensemble ».

Or il semble que les auteurs de ces épouvantables attentats parisiens soient précisément des individus pour lesquels les repères proposés au cours de leur jeunesse ne furent pas suffisamment nets et solides. Il semble que la République ait échoué dans sa capacité à offrir le cadre indispensable à l’éducation de ces citoyens et que ces derniers on été attirés par d’autres voix plus radicales et totalement destructrices.

fête de l'école communale Guy de Maupassant, juin 2014

Réinventer un rite de passage républicain ?

Aujourd’hui sans ces « cadres » culturels, est-il étonnant que des jeunes français ayant « décroché » comme cela se dit lorsqu’un jeune est en situation de rupture scolaire se tourne vers des prédicateurs de tout poil qui prétendent détenir la solution à leur mal-être ?

Je fais partie de ceux qui regrette vivement la disparition du service national ; ce temps qui permettait d’éduquer une classe d’âge entière aux valeurs fondamentales de notre société ; vie en collectivité, règle de savoir vivre, obéissance et hygiène quotidienne étaient ainsi inculquées au fil des mois.

Alors oui, en effet, la vie en caserne n’était peut-être plus adaptée à tous les jeunes appelés sous les drapeaux ; certains jeunes hommes déjà bien installés dans la vie active pouvaient regretter ces mois « perdus »… Pourtant, à bien y regarder, ces mois étaient-ils vraiment inutiles ? Les appelés les plus matures participaient à l’encadrement de ceux qui l’étaient moins et, pour eux, ce service militaire était l’occasion unique de s’extirper d’un milieu socio-professionnel souvent clos (monde ouvrier ou agricole, étudiants, etc.) et de découvrir d’autres réalités sociales et humaines en leur offrant l’opportunité d’apprendre à commander d’autres hommes.

Je suis convaincu qu’incombe à notre société le devoir de réinventer une véritable éducation républicaine pour notre jeunesse ; une éducation faite de temps forts d’initiation à nos valeurs de citoyenneté.

Certes il existe désormais le service civique qui permet aux jeunes de se former dans un domaine de leur choix et surtout de rendre un vrai service à la Nation pendant plusieurs mois ; mais alors, pourquoi ne pas institutionnaliser ce temps de service en le rendant obligatoire ?

Il existerait de multiples manières de rendre constructif un tel service à la Nation : emploi dans les collectivités, dans le milieu hospitalier, au sein des services des forces de l’ordre, etc. Quoi qu’il en soit il devient urgent de prendre conscience que la vie démocratique se fonde sur une notion primordiale : le citoyen est bien un « acteur » et non un « consommateurs » de la société ; par son action, pour la réorienter, au quotidien, face aux mutations de nos États occidentaux en proie à la tectonique géopolitique mondiale, vers davantage de civilité et de civisme.

le élèves du lycée Littré d'Avranches venus présenter leur travail historique sur la famille Mainemer, déportée en 1942, à des CM2 d'Avranches

Hommage à notre jeunesse

Je voudrais rendre hommage notre jeunesse et l’encourager car elle va devoir inventer un monde nouveau. Diverse, bigarrée, belle et intransigeante, nous ne devons pas la rejeter mais lui faire le meilleur accueil et considérer son intégration comme un défi permanent.

Le XXIe siècle est celui qui va voir l’humanité faire face aux enjeux du réchauffement climatique, aux limites de nos ressources naturelles, aux problèmes de santé liés à la pollution, aux enjeux d’une humanité forte de 7 milliards d’individus (bientôt 10 !), aux nouvelles techniques de guerre et technologies de communication, à des échanges commerciaux qui s’effectuent désormais en nanosecondes et à la presque disparition de nos vies privées désormais vendues comme données commerciales par les géants des réseaux sociaux. S’y rajoutent la quasi-continue réforme de nos institutions dont le rythme s’accélère années après années, aussi vite que s’amenuise le sens que nous pouvons y trouver.

Oui, le temps s’accélère et nous semblons souvent dépassés par notre volonté de tout contrôler, de tout médiatiser. Peut-être que le défi principal du XXIe siècle sera de retrouver la maîtrise d’une temporalité résolument humaine qui nous permettra de prendre soin de nous-même et des autres par l’affection que nous nous portons mutuellement ; de reprendre goût au changement des saisons, au choses simples et sans fards, aux belles choses… Car il se pourrait que la maîtrise du temps soit le bien le plus précieux que les fanatiques du 13 novembre ont essayé de nous voler.

C’est aussi le sens que nous entendons donner à ces services civiques dont le devoir sera de servir notre société, dans toute sa diversité et sa richesse, avec un sens profond de la citoyenneté. De cette conception nouvelle de la responsabilisation des jeunes citoyens à travers ce nouveau rite de passage républicain (qui ne demande qu’à se généraliser !), je suis totalement convaincu qu’une nouvelle appropriation de la chose publique est possible. Et de ces expériences nouvelles au service de l’intérêt général devra naître un goût pour  l’exercice de la gestion politique locale qui doit redevenir un engagement au service de l’intérêt général. « Faire de la politique » (triste expression !) devrait cesser d’être synonyme de construction de carrière politicienne personnelle au profit d’une vraie redistribution des cartes ; « faire de la politique » doit devenir une autre forme de service civique !

Un engagement politique avranchinais

Dès le début 2016, à son modeste niveau, la ville d’Avranches va accueillir des jeunes Français en service civique. La ville a retenu trois priorités : la jeunesse, le développement durable et la culture telle que définie par l’UNESCO dans sa déclaration de Mexico sur les politique culturelles de 1982.

Il faudra favoriser les démarches participatives ou collaboratives pour répondre aux attentes des habitants, encourager les projets d’intérêt général et de citoyenneté et favoriser le vivre-ensemble par la création de lien social dans le respect des objectifs du centre social. Depuis la police municipale jusqu’aux espaces verts, les services municipaux seront mobilisés pour ces services civiques profitent à tous, profitent à la France.

À Paris le 18 novembre 2015

Assemblée générale de l’Association des Maires de France, 18 novembre 2015, palais de congrès de Paris.

 

4 réflexions sur “« les maires sont les fantassins de la République »

  1. Je partage totalement cette réflexion et en particulier le souhait de voir rétablir le service militaire, il me parait aujourd’hui indispensable de retrouver le sens oublié de la citoyenneté et des valeurs républicaines qui ont construit la France

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  2. Puisses-tu être entendu, il va falloir être persévérant pour faire émerger une nouvelle génération de gens capables de faire de la politique au sens premier du terme, se consacrer à la cité, au bien commun, c’est tellement éloigné de l’individualisme qui fait norme de nos jours.

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  3. Bonsoir. l idée d’un service « militaire  » a été abandonnée par l état major car les recrues n’étaient plus que d’une utilité réduite dans les guerres d’aujourd’hui « high tech  » ; demander un service citoyen encadré pê par ceux qui ont l ‘expérience à savoir peut -être l’armée ;pourquoi pas?
    Je remercie Nicolas David pour cette direction ouverte, participative au vivre -ensemble qui réveille les énergies : permettez moi une remarque » locale » :comment fait-on quand on ne vit pas dans la ville d’Avranches mais dans une minuscule municipalité aux portes d »Avranches pour participer à cette vie citoyenne ? les informations depuis Avranches n’arrivent pas, sinon avec les hebdomadaires qui font plus état de ce qui s’est passé que de ce qui va se dérouler de plus d’une manière fort sélective?
    sur quel réseau se connecter?
    Personnellement je me sens en exil de toute intégration locale : elle est pourtant à la base d’une vie de citoyenne ;il faudrait commencer par se relier par établir des communications ; les maires des petites communes ne savent pas toujours le faire ni ne le peuvent: on les comprend;
    j ‘ai bon espoir que ces chemins se fraient : ponts virtuels, chemins creux ou voies nouvelles aux ronds-points inévitables Ainsi nous ne laisserons personne dans son coin

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  4. Bonsoir Marlène, nous avons tout à réinventer dans cette société au bord de la rupture : l’éducation de notre jeunesse qui réclame plus de clés de lecture de ce monde qu’on leur refuse ! La politique (la vraie), celle des citoyens acteurs qui s’assument pleinement. Et, vous le dites, nos moyens de communication propres pour plus de participation et moins de soumission… En suivant ce blog, les réseaux sociaux et divers sites internet, il y a moyen de rester connecter à l’actualité locale… Quoi qu’il en soit, même « hors Avranches » vous êtes la bienvenue ici pour dialoguer !

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