Allocution du 11 novembre 2015

Chers amis,

Le 11 novembre commémore l’anniversaire de l’armistice de 1918 et fut instituée par la loi du 24 octobre 1922 en tant que « journée nationale pour la commémoration de la Victoire et de la paix » ; c’est aussi l’hommage national à tous les morts pour la France.

En effet, depuis 2012, la loi a élargi la portée de cette commémoration à l’ensemble des morts pour la France et c’est donc la reconnaissance du pays tout entier à l’égard de l’ensemble de ses soldats tombés pendant et depuis la Grande Guerre qui s’exprime aujourd’hui, particulièrement envers les derniers d’entre eux, notamment en opérations extérieures. Et nous rendons aussi hommage à ces Français qui furent fusillés après leur manifestation patriotique du 11 novembre 1940, par l’occupant nazi alors que la France venait de tomber entre ses griffes.

Signé le 11 novembre 1918 près de Rethondes, l’armistice mit un terme à la Première Guerre mondiale dont le bilan demeure encore aujourd’hui difficile à admettre tant le nombre de victimes est élevé : 9 millions de morts, dont plus de 2 millions d’Allemands, 1,8 millions de Russes, 750.000 Britanniques, 650.000 italiens et près d’un million et demi de Français et près de 300 Avranchinais.

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Aussi, ce matin, afin de donner une dimension plus locale à mon allocution, je souhaiterais rendre hommage à deux jeunes avranchinais, deux frères, dont le parcours reflète dans sa simplicité le destin des 170 soldats d’Avranches « morts pour la France » et qui n’imaginaient aucunement que le samedi 1er août 1914, à 4 heures de l’après-midi, alors que partout en France le sinistre tocsin annonçait une nouvelle guerre avec l’Allemagne que ce nouveau conflit se solderait par l’une des plus grandes « boucheries » de l’histoire !

Le destin de deux frères

René Durand et Joséphine Touroult, tous deux natifs d’Avranches, ont respectivement 25 et 19 ans lorsque leur fils Robert nait, le 23 novembre 1880. Moins de trois ans plus tard, le 8 avril 1883, un second fils prénommé Georges voit le jour. Les deux frères grandissent à Avranches, route de Mortain, ou réside la famille ; le père est typographe et la mère élève ses enfants. Plus tard, en janvier 1907, Georges quitte Avranches et épouse Philomène Boucheron, à Saintes, puis s’installe vraisemblablement à Nantes.

Lorsque le premier conflit mondial éclate, les deux hommes, qui appartiennent respectivement aux classes 1900 et 1903, sont mobilisés dès le début du mois d’août 1914 ; ils se retrouvent ainsi à Granville dont ils dépendent militairement, l’un et l’autre. Georges, intègre alors le 135ème Régiment d’Infanterie. Après plus d’une année de durs combats dans l’Est et le Nord de la France, en novembre 1915, le 135ème stationne dans le Pas-de-Calais, dans le secteur de Loos qui vient d’être enlevé par les Anglais. Cependant, l’activité militaire allemande se traduit par de violents bombardements et de continuels combats d’avant-postes et, le 10 novembre, le soldat de 2ème classe Georges Durand est « tué à l’ennemi ».

Robert, l’aîné, est versé comme soldat de 2ème classe à la compagnie montée du régiment de marche du 2ème régiment étranger. Les conditions de vie au sein de ce régiment sont extrêmement rudes. Les légionnaires avec un mulet pour deux parcourent chaque jour, des distances de plus de 70 km peuvent être couvertes. Les hommes affectés dans ces unités sont triés sur le volet et seuls les plus robustes peuvent espérer servir à « la montée ». Le 26 novembre 1915 à Sidi Abderrahman, dans le Maroc occidental, Robert Durand est à son tour « tué à l’ennemi », à peine de deux semaines après son jeune frère.

Tous deux engagés dans ce conflit mondial dont ils n’imaginaient ni la longueur ni le terrible bilan, Georges et Robert Durand disparurent loin de leur ville natale qui ne conserve aujourd’hui leur souvenir qu’au travers de la sépulture familiale visible en bordure du « carré F » du cimetière d’Avranches.

L’exemple ici choisi de ces deux frères tombés au champ d’honneur, morts pour la France, abattus à quelques jours d’intervalle, il y a tout juste un siècle, doit nous permettre de mesurer la détresse de ces familles européennes qui, prises dans la tourmente infernale de cette guerre on perdu leurs pères et leurs fils.

Et j’invite aujourd’hui les jeunes et les moins jeunes à s’approprier ces histoires familiales alors que les derniers témoins de cette première guerre mondiale ne sont plus parmi nous.

Aujourd’hui, il est devenu très simple de consulter les registres matricules de ces soldats en profitant de la mise en ligne de ces documents par les services d’Archives départementales. Et je signale que le système mis en place pour la Manche est particulièrement performant et accessible.

Alors que seule l’histoire nous permet de conserver le lien avec ces faits devenus lointains pour beaucoup de citoyens (et pourtant si proches), je souhaite que dans nos écoles, dans nos familles, nous continuions à rechercher puis à comprendre le destin de ces soldats ; car, j’en suis convaincu, c’est notre patrimoine national que nous préserverons en faisant revivre la mémoire de nos pères.

Et, par dessus tout, c’est un acte patriotique qui, au-delà du nécessaire devoir de mémoire, nous amène à assumer cet héritage douloureux pour mieux apprécier le bonheur de vivre libre sur un territoire où le sang fut versé pour la sauvegarde des valeurs fondamentales de notre République française :

Liberté, Égalité et Fraternité.

Pour conclure, je vous souhaite à chacun d’entre vous un beau 11 novembre, en famille ou entre amis.

Merci et vive la France !

PS : je profite de ce post scriptum pour remercier la cohorte des jeunes sapeurs pompiers et l’harmonie intercommunale de l’école de musique ; leur présence à donné une saveur toute particulière à cette belle cérémonie patriotique.

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Les récipiendaires de distinctions de ce 11 novembre : René Leteurtois, Christian Martin, Jacques Charbaud, Michel Gaumet, François Bourdon et William Bertail

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