Avranches en éveil ?

En cette rentrée de septembre 2015, l’actualité nous rattrape et nous touche de plein fouet dans notre quotidien, au plus profond de nos êtres. Suite à la diffusion des images bouleversantes diffusées par nos médias nationaux, de nombreux citoyens d’Avranches m’ont fait part de leur volonté d’être utiles dans ce naufrage humain qui nous concerne, nous Européens.

Être maire, du moins c’est ma conception de la fonction, c’est être « au centre de la place du village », c’est être le réceptacle des idées, parfois des plaintes et des griefs, mais aussi – et heureusement ! – des joies et des satisfactions de ses citoyens. Être maire c’est aussi être fédérateur et rassembleur. Et bien, depuis trois jours, plus que jamais depuis le début de mon mandat, j’ai véritablement ressenti avec force cette dimension de ma fonction.
Depuis, trois jours, donc, j’ai été sollicité par de nombreuses personnes soucieuses de ne pas rester de marbre face à cette tragédie des « migrants », « réfugiés » ou « demandeurs d’asile ». Pour la plupart, ces personnes sont de simples Avranchinais prêts à s’engager, prêts à s’organiser et à se rendre tout simplement utiles afin d’affirmer avec force que nous sommes toujours éveillés et que nous refusons de laisser l’Humanité une nouvelle fois sombrer.
Ces messages se comptent par dizaines et montrent à quel point ce devoir de mémoire, auquel nous faisons appel à chaque commémoration du passé douloureux de notre pays, porte ses fruits aujourd’hui. Les images de l’exode syrien renvoient immanquablement aux images de ces millions d’Européens, dont plusieurs milliers de Normands, qui furent arrachés à leur sol natal et qui connurent les routes poussiéreuses et la désolation. Beaucoup de ces messages font aussi allusion aux arrestations, aux déportations aux exactions du second conflit mondial ; et, c’est là le plus important sans aucun doute, nombreuses sont les personnes qui veulent reprendre le flambeau de ceux qui par le passé, au nom de l’Humanité, firent le choix de l’entraide et du sacrifice pour venir en aide à leurs semblables devenus la proie de la guerre, de la barbarie.
Avranches conserve la mémoire de ce proche passé, de ses drames mais aussi des engagements et aujourd’hui je suis optimiste car convaincu que l’homme ne change pas, que des justes seront toujours là pour combattre l’ignominie.

Oui, cette dérive des migrants, quittant leurs pays dévastés par la guerre, nous oblige à un questionnement sur notre capacité à être solidaire de peuples plongés dans un chaos dont nos États occidentaux sont en grande partie responsables, du fait de politiques extérieures désastreuses.
La question qui se pose à nous est d’une désarmante simplicité : sommes-nous prêts à davantage de solidarité ? Sommes-nous prêts à appliquer l’un des principes fondateurs de l’Europe qui veut notre Union se mette en capacité, face à l’urgence d’une telle situation, à accueillir avec humanité ces personnes, hommes, femmes et enfants, qui tentent de gagner nos côtes ?

Que ferons nous demain ?

Avranches ne possède pas une tradition ancienne d’accueil de demandeurs d’asile.
Depuis les années 90, quelques familles projetées hors de leur pays d’origine par les dernières guerres européennes ont pu néanmoins bénéficier de l’aide et de la générosité d’Avranches et de ses habitants, malgré, bien souvent, quelques réticences politiques. Récemment encore, une association d’Avranches s’est occupée de demandeurs d’asile africains, principalement de Sierra Leone, qui depuis le mois de juin, ne sont plus hébergés dans notre ville. En effet, suite à une réunion qui s’est tenue à la mairie d’Avranches, l’État n’a pas a confirmé la nécessité de reconduire le dispositif mis en place à Avranches depuis 2011 car il était plus pertinent que les demandeurs d’asile soient orientés vers le CADA (Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile) de Saint-Lô, pour un meilleur suivi.

Depuis, la situation européenne a évolué et Avranches est en contact depuis plusieurs semaines, comme beaucoup de villes en France, avec le Service Départemental de la Santé et de la Cohésion Sociale. Nous discutons donc dans le détail avec ce service des modalités qui permettrait d’offrir une aide décente et pérenne avec des garanties fermes de l’État tant économiques que structurelles.
Exode normand, juin 1944

2 réflexions sur “Avranches en éveil ?

  1. Attention aux manipulations médiatiques, à la politique menée par le pathos et aux références historiques détournées ! On se croirait dans « 1984 » ou « le meilleur des mondes » ! Le père du petit Aylan, qui résidait depuis 3 ans en Turquie cherchait à passer en Europe pour se faire opérer des dents. Sur les bateaux des migrants, dans la plupart des cas (et c’était son cas), seuls les hommes ont des gilets de sauvetage, pas les femmes ni les enfants. Enfin, on apprend qu’Abdullah Kurdi (le père d’Aylan) vient de rentrer en Syrie pour faire enterrer ses enfants et sa femme !!! Mais qui publie les photos des jeunes filles françaises violées dans les caves d’immeubles et au corps mutilé ?
    Daesh vient d’ailleurs d’annoncer avoir réussi à infiltrer plus de 4000 combattants parmi le flot de migrants arrivant en Europe de l’Ouest.
    Enfin, le flot de migrants actuel ne peut en aucun cas être comparé à l’Exode. La photo que vous mettez en bandeau sur votre page Facebook est d’ailleurs parlante d’elle-même ! Des français en bon ordre, voire avec le sourire, avec des bagages et en cravates ! Ils ont été accueillis en France par d’autres Français. Or l’Arabie saoudite vient de dire qu’elle n’accueillerait aucun Syrien (mais qu’elle financerait par ailleurs 200 mosquées en Europe) !
    Allons, Monsieur le Maire, un peu de courage politique et n’aboyez pas avec la meute des politiciens de la médiacratie. Dans quelques années, lorsque la situation aura empiré voire dégénéré, vous vous en repentirez, mais il sera trop tard !

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    1. Monsieur Ducotentin, je vous invite à mieux lire mon article et vous verrez que, précisément, Avranches « n’aboie pas avec la meute » et tente à sa mesure de mettre en place des dispositifs, en lien avec l’État pour pallier les problèmes futurs qui pourraient se poser. Accueillir des demandeurs d’asile c’est précisément prendre le temps de vérifier la nature des intentions de chaque migrant. Pour la manipulation médiatique, je vous rassure, je ne regarde pas la télévision… Et puis, relisez mon texte (mais l’avez-vous lu ?) nous ne sommes absolument dans l’émotion dans le sens où notre réflexion est engagée depuis bien longtemps et n’a rien à voir avec la publication de l’image à laquelle vous faites référence. Quant à votre lecture de la photographie de 1944, elle me heurte. Nous avons des familles syriennes et afghanes à Avranches… et bien sachez que ces personnes portent un soin tout particulier à leur apparence vestimentaire (les hommes portent la cravate !) parce que, pour eux, derrière cette « image » c’est bien leur dignité d’homme qui est en jeu. Il en était de même en 1944.

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