Cérémonie du vendredi 8 mai 2015 à Avranches, l’allocution du maire

Cérémonie du 8 mai 2015 à Avranches

Mesdames et Messieurs, chers Amis,

Ce matin du 8 mai 2015, nous célébrons la capitulation allemande survenue, il y a exactement 70 ans.

Il y a en effet 70 ans, l’Europe, après plusieurs décennies de « descente aux enfers » se réveillait d’un long et épouvantable cauchemar. Depuis 70 ans, notre mémoire collective porte le deuil de 52 millions de morts ; victimes de combats militaires d’une violence extrême auxquelles se sont ajoutées les victimes civiles de persécutions organisées méthodiquement, faisant sombrer l’humanité dans le chaos. Car, je le rappelle, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, cette guerre fit plus de victimes civiles que militaires.

À la fin de ce conflit mondial, le monde entier découvrit l’ampleur du génocide commis en Ukraine et dans les camps d’extermination, avec ces 6 millions de personnes ayant péri dans des conditions abominables. Mais aussi des ravages terribles causés par la bombe atomique, utilisée pour la 1ère fois lors de cette guerre contre les villes japonaises d’Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945…

Oui, cette cérémonie est un temps de recueillement républicain au cours duquel nous nous souvenons de ces femmes et de ces hommes qui au prix de leur vie ont défendu nos valeurs démocratiques et humanistes. Je pense plus particulièrement aux soldats qui tombèrent au champ d’honneur, je pense aux combattants de la Résistance, qui refusèrent l’idéologie absurde de l’occupant, et enfin à tous ces civils qui oeuvrèrent, dans l’ombre au maintien des liens humains d’entraide et de solidarité, dans l’attente d’une libération.

Mais, la question qui nous taraude, sans cesse, qui nous ramène au fondement du mal, est : « Pourquoi ? »

Pourquoi des régimes aussi absurdes et inhumains voient-ils le jour ?

Pourquoi l’Homme a-t-il cette capacité à détruire la vie de ses semblables ?

Pourquoi la grande diversité de l’humanité, qui devrait en constituer sa richesse, apparaît-elle comme la source même de la discorde, de l’intolérance et de la haine ?

Autant de questions qui appellent un questionnement profond, qui réclame une analyse exigeante des faits, afin de ne pas sombrer dans la caricature, dans l’interprétation simpliste qui se révèle toujours contre-productive et surtout inappropriée à ce devoir de mémoire dont nous parlons tant et pour lequel nous nous investissons tant. La cérémonie de ce matin révèle une réalité que nous devons prendre en compte avec sérieux. En nous souvenant de ce douloureux passé, nous manifestons notre volonté de transmettre ; mais (car il y a un mais), à qui nous adressons nous ?

Ici, ce matin, nous sommes tous conscients de la nécessité de commémorer, de nous souvenir… mais où est cette jeunesse à laquelle nous nous adressons ? Où est cette  jeunesse qui doit prendre la mesure de cette tragédie passée dont les témoins disparaissent peu à peu ?

Il est urgent de prendre de nouvelles initiatives afin de dire la gravité de ces drames qui peu à peu s’estompent. C’est dans la culture, dans l’éducation, que nous trouverons les solutions face à cette amnésie collective qui menace nos sociétés et qui nous condamnerait à revivre sans cesse un certain passé. L’école, notre école républicaine, est l’espace de l’analyse, de la compréhension et de la transmission de cette histoire européenne faite aussi de douleur et d’abomination. Notre culture nationale, est finalement le seul rempart face à l’émergence d’idées primaires et obscurantistes.

Bien souvent, je suis inquiet lorsque ce mot « Culture » est rejeté ou simplement connoté négativement car taxé d’élitisme. Contre cette idée selon laquelle la « Culture » serait une affaire d’élite, j’affirme qu’au contraire la culture est, et doit être populaire. Car la culture est ce qui nourrit chaque individu, chaque citoyen depuis son enfance jusqu’à sa tombe, qui en constitue sa chair, son épaisseur… Notre culture française, puisque nous parlons bien de la France ce matin, est une culture humaniste fondée sur des principes de tolérance, d’entraide et d’acceptation de l’« autre », de celui qui est différent, comme l’étaient ces familles juives qui résidaient à Avranches pendant l’occupation nazie. Et il faut être vigilant pour que notre culture nationale, notre identité, ne soit pas mise à mal par la facilité de certains discours démagogiques.

Certes notre territoire national est soumis à rude épreuve, secoué par de nouveaux actes de barbarie intolérables qu’il nous faut combattre de manière implacable. Pourtant je reste convaincu que c’est par la valorisation de notre culture, partout et en tous lieux, dans nos écoles, dans nos communes, dans nos associations, dans nos familles, que nous saurons nous prémunir de toutes les dérives extrémistes qui menacent notre nation. Le devoir de mémoire passe aussi par l’éducation et plus particulièrement par l’apprentissage de l’Histoire de l’Europe notamment. L’Europe dont le fonctionnement technocratique peine à convaincre se fera, j’en suis persuadé, par sa jeunesse qui voyage, qui s’intéresse et qui se questionne sur la base d’expériences pédagogiques proposées dès le plus jeune âge dans nos écoles.

Aujourd’hui, il faut continuer de permettre à notre jeunesse de bien saisir le chemin parcouru depuis maintenant 70 ans et, surtout, de mesurer la fragilité de nos sociétés. L’amitié franco-allemande, née de la volonté de tirer un trait de plume sur une situation conflictuelle qui opposait depuis plus d’un siècle nos deux États, fut portée par le président Charles de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer qui, en 1963, portèrent avec détermination un projet de coopération franco-allemande entérinée lors de la signature du traité de l’Élysée.

L’amitié franco-allemande est une réalité d’aujourd’hui doit encore être encouragée car c’est elle qui est gardienne de cette mémoire collective du second conflit mondial. C’est cette amitié qui constitue à l’échelle européenne « l’armature de la paix retrouvée ». En 2015, un véritable réseau d’échange scolaire, construit au fil du temps, souvent au fil d’amitié nouées entre les établissements scolaires, font de nos écoles le terrain propice à cette culture européenne « populaire » et citoyenne. C’est très souvent à l’occasion d’un jumelage qu’un élève expérimente pour la première fois l’Europe et découvre ses richesses culturelles.

Plus que jamais l’école doit favoriser les échanges scolaires, les projets pédagogiques innovants proposés par des enseignants dévoués qui souhaitent donner du sens à leurs enseignements. Je donne en illustration de mes propos, le passage dans notre mairie, en moins de deux semaines de deux groupes d’élèves allemands, dans le cadre d’échanges avec les deux lycées d’Avranches, qui se sont questionnés sur cette réconciliation européenne. Deux belles initiatives qui sont le ciment de la paix. Et, hier soir, à la veille du 70ème anniversaire de l’armistice de la seconde guerre mondiale, des élèves de l’Institut N-D de la Providence d’Avranches, avec leurs correspondants allemands du Gymnasium Emmanuel Kant de Bad Oeynhaussen, ont mis en terre un « arbre de la paix » afin de célébrer les 27 années de jumelage qui unissent les deux établissements.

Voilà un magnifique symbole qui montre que le devoir de mémoire passe nécessairement par l’école, l’éducation de la jeunesse à l’Histoire et les échanges linguistiques et des gestes symboliques.

Et puis, je n’oublie pas toutes les initiatives associatives ou individuelles qui oeuvrent à la transmission de la mémoire ; je pense notamment à l’association des « Fleurs de la Mémoire » qui fleurit chaque année des milliers de tombes de soldats américains tombés en Normandie en impliquant de nombreuses écoles. C’est pourquoi, ce matin, je souhaite affirmer que la culture et l’éducation seront au cœur de notre action municipale. Cette culture, notre culture, nous la brandirons telle une bannière et devra alimenter jour après jour l’éducation de notre jeunesse. Nous ferons de cette richesse, que nous valoriserons sous toutes ces formes, un outil d’éducation contre l’obscurantisme.

Vive notre République, vive la France et vive l’Europe !

Allocution prononcée et présence de Madame le Sous-Préfet, Monsieur le Député, Monsieur le Conseiller Départemental, Messieurs les représentants des forces de Gendarmerie, Messieurs les Sapeurs Pompiers, Chers Anciens Combattants, présidents d’associations et porte-drapeaux, Mesdames et Messieurs les Élus,

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